Fred Nérac

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Il faut retrouver Fred Nérac

mardi 21 mars 2006, par Comité Nerac


Il faut retrouver Fred Nérac

Le drame se passe il y a trois ans, près de Bassorah le 22 mars 2003, deuxième jour de la guerre en Irak. Deux voitures identifiées TV. Dans la première, le journaliste anglais Terry Loyd et le journaliste belge Daniel Demoustier. Dans la seconde, un journaliste français vivant en Belgique, Fred Nérac et son interprète Hussein Osmann. Tous travaillent pour la chaîne britannique ITN. Quelques instants plus tard, dans la première voiture, l’Anglais est mort, le Belge est blessé. Dans la deuxième, juste derrière un véhicule irakien carbonisé, plus personne. Sur la photo, la portière passager est grande ouverte. Le corps d’Hussein sera identifié plus tard. Fred Nérac a disparu.

On pourrait dire que c’est la faute à pas de chance. Qu’il s’agit d’un de ces hasards malheureux dont la guerre est coutumière. Nérac et ses amis se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, voilà tout. Et bien non ! Nérac et ses amis étaient au contraire au bon endroit et au bon moment. Ils étaient justement là où des correspondants de guerre devaient se trouver c’est-à-dire sur le front. Ils étaient là parce que leur sens professionnel les avait persuadés que c’était là qu’il fallait être pour témoigner de la guerre et tenter de nous en faire comprendre la conduite et les péripéties. À quoi nous serviraient des reporters qui ne seraient pas sur place ? Qui ne nous rapporteraient que des récits eux-mêmes rapportés, qui n’auraient rien vu par eux-mêmes, qui seraient arrivés sur les lieux de la guerre comme les carabiniers d’Offenbach. Oui, ils étaient à leur place. Dans leur rôle. Ils remplissaient leur mission. Et le problème, au-delà de toute erreur, de tout malentendu, de toute malchance, fut qu’à cette mission, celle de nous informer et donc de permettre aux citoyens que nous sommes d’exercer notre liberté de penser en connaissance de cause, aucun des deux belligérants ne se montra sensible. D’un côté il y avait l’armée de Saddam Hussein, bras armé d’un dictateur criminel qui se montra odieuse chaque fois que l’occasion lui en fut donnée. En Iran, au Koweït, dans le Kurdistan, dans les provinces chiites. Dans ce malheureux pays où n’existait aucune liberté de la presse, aucune liberté de parole, aucune liberté d’opinion, pourquoi une armée en guerre aurait-elle respecté des journalistes indépendants ? Pourquoi ne les aurait-elle pas assimilés à l’ennemi ? Pourquoi ne se serait-elle pas servie d’eux comme boucliers humains ? Que pouvait-on attendre d’elle, de ses officiers, de ses traditions, sinon le pire ?

Mais en face, il y avait, n’est-ce pas, les forces de pays démocratique et singulièrement celle des Etats Unis. Au-delà du débat sur l’intervention en Irak, ce qui importe ici, c’est la stratégie développée par l’armée américaine à l’égard des journalistes.

L’armée la plus puissante du monde a ses réserves à l’égard d’une presse réellement indépendante. Qui, comme au Vietnam, peut renverser les opinions publiques pendant que les boys sont sous le feu. Ou qui, communique comme lors le première guerre du Golfe, trop vite, par satellite, des informations qui se révèlent utiles à l’ennemi. Soucis légitimes qui ont conduit l’US Army à se demander comment contrôler la presse tout en respectant sa liberté a minima. La réponse est l’embedding que nous traduisons par embarquement mais qui, littéralement, consiste à mettre « dans son lit » les journalistes. On ne leur dit pas ce qu’ils doivent penser. On se contente de ne leur montrer que ce qu’on aimerait les voir raconter. On les laisse filmer des images spectaculaires. On leur donne des informations de première main. On répond à toutes leurs questions. Mais on les tient éloignés de ce que l’état major préfère garder pour soi. Et en échange de cette perte d’indépendance, on garantit leur sécurité.

Nérac et ses amis d’ITN avaient refusé de brader leur indépendance pour dormir au chaud dans les lits de l’armée américaine. Ils se retrouvèrent donc sans protection au milieu du champ de tir. Car l’implicite de l’embedding, c’est que si l’armée assure la sécurité de « ses » journalistes, elle ne prend pas en compte celle des autres. Il y eut donc l’hôtel Palestine le 8 avril 2003 frappé par un char Abrams. Les Américains savaient que c’était le quartier général des journalistes à Bagdad. Deux d’entre eux, José Couso de Telecino et Taras Protsyuk de Reuter furent tués et trois autres blessés. Il y eut le 4 mars 2005, le tir sur la voiture qui conduisait Giuliana Sgrena à l’aéroport de Bagdad. Elle fut blessée par balle et l’officier qui venait de la faire libérer, Nicola Calipari, fut tué en la protégeant. C’est bien cela, se trouver entre deux feux : être pris en otage par les uns puis se faire tirer dessus par les autres.

Cet entre deux feux, on le voit, n’est pas le fruit d’un malheureux hasard mais celui de l’éternelle politique du « circulez, il n’y a rien à voir ». Pour les nostalgiques de Saddam, les militants islamistes et les maffias locales, il s’agit d’écarter du pays, par la terreur, le kidnapping, la décapitation et l’attentat, tous ceux qui pourraient témoigner de leurs singulières méthodes : les journalistes évidemment, mais aussi les diplomates et les humanitaires. Pour les Américains il est préférable de n’accepter que des témoins autorisés et de faire comprendre aux autres qu’il vaudrait mieux s’éloigner.

Le résultat est connu : 83 journalistes morts en Irak depuis 2003. Les enlèvements de Giuliana Sgrena, de Chesnot et Malbrunot, de Florence et Hussein, de Marie-Jeanne Ion et de ses collègues roumains. Et, dès le deuxième jour de la guerre, la disparition de Fred Nérac. Et si Nérac survécut ou non, personne alors ne s’en soucia sérieusement. A la guerre comme à la guerre.

Voilà donc pourquoi il nous faut, nous, nous soucier de ce qui est arrivé à Fred Nérac. Non seulement parce que son épouse, ses enfants, ses parents, ses amis, ses collègues ont le droit de savoir ce qui lui arrivé, c’est bien le moins, mais parce qu’il n’y a pas de démocratie possible dans un pays où les journalistes disparaissent. Ni de vraie démocratie dans un monde où ils ne sont pas retrouvés. Parce qu’il nous faut rappeler que la liberté de la presse est indispensable à notre liberté et que son exercice doit être garanti. Par nous. Par nos juges. Par nos institutions. Et par nos gouvernements qui ne doivent pas s’en protéger mais la protéger contre les dangers qui la menacent. Partout et en toute circonstance.

A l’époque des GSM, des GPS et des tests ADN, les soldats disparus ne disparaissent plus. Et les journalistes ne disparaissent pas sans laisser de trace. L’enquête menée par le ministère de la défense britannique laisse beaucoup de questions sans réponse. Sur le déroulement de l’accrochage et sur la survie possible de Fred. Du « premier rapport » de la commission d’enquête du Quai D’Orsay, le ministre français des affaires étrangères a retenu que : « Frédéric Nérac serait décédé à bord d’un véhicule irakien au cours d’un échange de tirs survenu entre des Irakiens et des soldats américains ». C’est l’incertitude de ce conditionnel qu’on aimerait voir levée. Même s’il n’est sans doute pas facile d’allier enquêteurs français, anglais, américains et irakiens dans le contexte difficile de l’Irak d’aujourd’hui. Mais la liberté de la presse est à ce prix : il faut retrouver Fred Nérac. Vivant, espérons-le, même si avec le temps cet espoir s’amenuise obstinément. Ou mort, si c’est le seul moyen de nous convaincre qu’il n’est pas comme d’autres retenu prisonnier pour avoir courageusement exercé en toute liberté l’indispensable métier de nous informer.

Pour le Comité Fred Nérac, Michel Gheude.

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2 Messages de forum

  • Il faut retrouver Fred Nérac

    19 avril 2006 21:53, par patricia chrétienne, membre de l’association
    Toute personne disparue doit être recherchée. Fred Nérac en est un exemple, mais aussi Marc Beltra, Guy André kieffer, Fabrice Guingan et mon amie, Céline Henry disparue au Népal le 03.09.05. Ce n’est que 6 mois après, sous la pression de l’association "Aidez-nous à retrouver Céline Henry" que 3 policiers, un maître chien et 2 chiens se sont rendus sur place et sont revenus bredouilles au bout de 10 jours, fin mars 2006. Notre association est soutenue par l’association "Otages du monde". Nous aimerions rentrer en contact avec les comités de soutien de ces personnes disparues afin d’échanger nos malheureuses expériences, nos sentiments face à l"action" de nos dirigeants et peut-être trouver des solutions pour poursuivre nos recherches le temps qu’il faudra.Voir blog de l’association ci-dessous où vous trouverez tout l’historique. Merci de donner suite, nous devons être solidaires pour ceux qui nous manquent. Patricia

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  • Il faut retrouver Fred Nérac

    9 mai 2006 22:19, par ETELLIN Gérard

    Faisant partie d’un collectif en Savoie de recherche de la vérité pour Fred Nérac et Guy André Kieffer, nous avons réalisé le 18 avril 2006 une conférence de Presse en présence de Mr Jacques Kieffer, père de Guy André, à Chambéry dans les locaux de Solidaires Savoie. 4 journalistes/6 invités sont venus discuter et réaliser des reportages et articles de Presse (8 Mt Blanc, NRJ Savoie, la Vie Nouvelle et le Dauphiné "libéré" Nous avons appris par le nouveau site les autres disparus : Marc Beltra (que nous savions), Fabrice Guingan et Céline Henry, disparue au Népal le 3/09/2005 Nous les citerons dans un prochain communiqué Fred Nérac et Guy André Kieffer sont originaires de la Savoie

    Pour le collectif Savoie : Gérard ETELLIN

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